Des délais déraisonnables. Être pris dans un embouteillage. Avoir trop à faire en trop peu de temps. La plupart d’entre nous sont habitués à ce genre de stress quotidiens qui font palpiter notre cœur et accélérer notre respiration, et qui nous laissent l’estomac noué. Bien sûr, le simple fait d’avoir une affection digestive peut être source d’anxiété en soi. Des études ont établi qu’un évènement très stressant, passé depuis longtemps, peut encore avoir des répercussions sur vos intestins même au moment présent. Le fait d’être stressé peut porter bon nombre d’entre nous à trop manger ou à consommer trop d’alcool, actions qui ont des répercussions sur nos intestins.

Quels sont réellement les effets du stress sur nos intestins? De nombreuses études démontrent que les évènements stressants de la vie sont associés à l’apparition de symptômes ou à une aggravation des symptômes d’affections digestives, notamment la maladie inflammatoire de l’intestin (MII), le syndrome de l’intestin irritable (SII), le reflux gastro-œsophagien (RGO) pathologique et l’ulcère gastro-duodénal.1

 

Maladie inflammatoire de l’intestin

Une étude récente a conclu que le stress chronique, les évènements indésirables de la vie et la dépression peuvent augmenter le risque de rechute chez les personnes atteintes d’une maladie inflammatoire de l’intestin telle que la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse. Les chercheurs ont découvert une variété de mécanismes au moyen desquels le stress affecte les réponses immunitaires et inflammatoires aux niveaux systémique et gastro-intestinal. Ils ont noté que c’est toujours un défi de transformer ces découvertes en interventions thérapeutiques fondées sur la réduction du stress, puisque des essais cliniques étudiant les effets des techniques de réduction du stress actuelles sur la MII n’ont pas donné de résultats prometteurs.2

 

Syndrome de l’intestin irritable

Lors d’une étude prospective de cohorte prospective menée chez presque 600 personnes dont la gastroentérite était causée par une bactérie Campylobacter, les chercheurs ont découvert que la capacité des patients à gérer leur stress avant l’infection était un facteur important dans le non-développement du SII. Les patients ayant des niveaux plus élevés de stress et d’anxiété perçus et de pensées négatives perçues par rapport à la maladie au moment de l’infection, étaient à plus grand risque de développer le SII. Toutefois, la dépression et le perfectionnisme ne semblaient pas augmenter le risque du SII.3

 

Reflux gastro-œsophagien pathologique

Lors d’une étude menée à un centre médical pour la santé des femmes, des chercheurs ont observé qu’il n’y avait aucune augmentation de la fréquence du reflux acide chez les patientes vivant un stress aigu.4 Toutefois, en pratique, les patientes souffrant d’anxiété chronique étaient plus aptes à remarquer une aggravation de leurs symptômes lors d’un évènement stressant.5 Autrement dit, leur attitude influençait leur perception de la gravité des symptômes.

 

Ulcère gastro-duodénal

La plupart des ulcères découlent d’une infection par une bactérie appelée Helicobacter pylori (H. pylori). Contrairement aux anciennes croyances, consommer des aliments épicés et vivre une vie stressante n’entraînent pas la formation d’ulcères. Les bactéries H. pylori affaiblissent la couche muqueuse protectrice de l’œsophage, de l’estomac ou du duodénum, permettant à l’acide d’atteindre la muqueuse sensible située en dessous. L’acide et les bactéries irritent la muqueuse et entraînent la formation d’une plaie ou d’un ulcère. Certaines observations suggèrent cependant qu’un stress continu entraîne une inflammation de la muqueuse protectrice, permettant donc aux jus gastriques d’irriter la muqueuse gastrique sensible située en dessous.5

 

Toutes affections digestives

Le stress augmente la motilité intestinale et la sécrétion de fluides. C’est la raison pour laquelle vous pourriez avoir une période de diarrhée ou des envies répétées d’uriner pendant ou suivant un évènement stressant. Le stress peut faire en sorte que le contenu de l’estomac se vide plus lentement ou il peut augmenter la vitesse de passage des aliments à travers les intestins.5 La combinaison de ces actions provoque une douleur abdominale et une modification des habitudes intestinales. De plus, un stress psychologique aigu diminue le seuil de la douleur.6

 

Comment gérez-vous le stress?

Il existe deux extrêmes : certaines personnes peuvent supporter des bouleversements majeurs sans même y penser tandis que d’autres sont en détresse au moindre changement dans leur routine habituelle. Il est important de se souvenir que le stress peut être une bonne chose en petites doses. Il peut vous donner la motivation requise, vous porter à faire de votre mieux et vous aider à rester concentré et alerte. Les problèmes s’accumulent seulement lorsque le stress est constant.

Les signes et symptômes spécifiques du stress varient d’une personne à l’autre, mais l’atteinte à la santé, au bien-être émotionnel et aux relations est réelle. Le stress a des effets néfastes sur l’esprit, le corps et le comportement, qui se manifestent de nombreuses façons autres que par des troubles digestifs : fluctuations du poids corporel, maux de tête et douleurs musculaires, sautes d’humeur et modification de la fonction mentale.

Vous devez trouver votre propre façon de gérer le stress dans votre vie. Planifier certains évènements à l’avance pourrait être utile pour réduire votre niveau de stress global. En comprenant comment vous gérez votre stress, vous pourrez apporter des changements à votre style de vie qui diminueront votre niveau de stress, vous aideront à mieux gérer le stress et vous permettront de vous remettre plus rapidement des évènements stressants.

 

Conseils pour réduire l’anxiété ou l’inquiétude et vous libérer du stress

Apprenez à mieux respirer. Le stress peut causer des respirations peu profondes, ce qui signifie que votre corps n’obtiendra pas assez d’oxygène pour complètement se détendre. Apprenez à prendre des respirations plus lentes et qui proviennent du fond de votre abdomen. Une façon d’accomplir cela est d’imaginer que vous avez un petit ballon de plage derrière votre nombril, que vous gonflez et dégonflez lentement.

Contrôlez votre « dialogue interne ». Une bonne partie de l’anxiété est due à son propre fait. On se fait des soucis en s’imaginant le pire des scénarios ou en créant des montagnes avec les plus petits incidents.

Surveillez vos pensées négatives pour voir comment souvent vous vous tracassez pour des choses telles que des erreurs ou la perte d’un emploi. Si vous vous trouvez en proie à des obsessions, essayez de remplacer une pensée négative par une pensée positive, mais réaliste. Par exemple, au lieu de penser, « Je sais que quelque chose n’ira pas lors de ma présentation », dites-vous, « Quoi qu’il arrive, je peux m’en occuper. »

Bougez! L’exercice est reconnu pour atténuer la tension et soulager les symptômes. Paradoxalement, l’exercice physique vigoureux et intense peut provoquer des symptômes de RGO pathologique, donc assurez-vous d’augmenter lentement l’exercice et d’évaluer la tolérance de votre corps à ces changements.

Gérez mieux votre temps. Bon nombre d’entre nous sous-estiment le temps qu’il faut pour accomplir quelque chose, ce qui signifie que nous sommes souvent en retard. Essayez de tenir un journal de la gestion de votre temps pour une période d’une semaine afin de vous faire une meilleure idée du temps qu’il faut pour accomplir diverses tâches et apprenez ensuite à les prioriser afin d’accomplir les plus importantes en premier. Une bonne règle est de vous donner 20 % plus de temps que vous pensez avoir besoin pour accomplir la tâche.

Apprenez à dire « non ». S’imaginer qu’on peut tout faire crée une pression inutile. Apprenez à établir vos limites. Refusez poliment, mais avec fermeté d’accepter des responsabilités ou d’entreprendre des projets additionnels pour lesquels vous n’avez pas le temps ou l’énergie. Ne sentez pas que vous devez vous justifier en donnant de longues explications détaillées. Dire tout simplement, « J’aimerais bien aider, mais mon horaire est chargé », est suffisant dans la plupart des cas.

Prenez du temps pour vous. Notre corps et notre esprit nécessitent une certaine variété afin d’éviter que notre système nerveux, surchargé, continue la course jusqu’à la prochaine journée. Essayez de prendre au moins une journée par semaine pour faire quelque chose que vous aimez beaucoup, quelle que soit l’activité. N’oubliez pas d’inclure des activités comme dormir suffisamment, pratiquer sa foi, se prélasser dans le bain, écouter de la musique, jouer avec un animal domestique, parler avec des amis ou toute autre chose qui vous est agréable.

Tordez-vous de rire. Le rire élimine le stress naturellement et abaisse la pression artérielle, ralentit les fréquences cardiaque et respiratoire, et détend vos muscles. Qu’est-ce qui vous fait rire? Regardez une comédie, partagez des plaisanteries entre amis et faites l’effort de voir le côté moins sérieux de la vie.

Choisissez judicieusement les aliments. Certains aliments peuvent augmenter votre niveau de stress tandis que d’autres peuvent aider à le réduire. En général, les aliments gras, sucrés ou transformés semblent augmenter le stress chez la plupart des personnes tandis que la viande maigre, les grains entiers ainsi que les fruits et légumes frais semblent le diminuer. Non seulement diminuerez-vous le stress avec un choix judicieux d’aliments, mais votre corps vous en remerciera aussi!


Publié pour la première fois dans le bulletin The Inside Tract® numéro 162 – Juillet/Août 2007
1. Mayer, EA. The neurobiology of stress and gastrointestinal disease. Gut 2000;47;861-869.
2. Mawdsley JE, Rampton DS. Psychological stress in IBD: New insights into pathogenic and therapeutic implications. Gut 2005;54:1481-1491.
3. Spence MJ, Moss-Morris R. The cognitive behavioural model of irritable bowel syndrome: a prospective investigation of patients with gastroenteritis. Gut 2007;56:1066-1071.
4. Naliboff BD, Mayer M, et al. The effect of life stress on symptoms of heartburn. Psychosomatic Medicine 2004;66:426-434.
5. Mayer, EA. The neurobiology of stress and gastrointestinal disease. Gut 2000;47;861-869.
6. Mawdsley JE, Rampton DS. Psychological stress in IBD: News insights into pathogenic and therapeutic implications. Gut 2005;54:1481-1491.