Le rôle du soufre dans la colite ulcéreuse

Il existe d’intéressants développements dans la recherche sur le rôle de la nutrition par rapport à la colite ulcéreuse. De récentes études indiquent que le soufre serait peut-être responsable de l’exacerbation de certains des symptômes associés à la colite ulcéreuse chez certaines personnes.

Qu’est-ce que le soufre?

Le soufre, produit chimique organique, se trouve dans une variété d’aliments, entre autres les œufs, le fromage, le lait entier, la crème glacée, la mayonnaise et le lait de soya. Il est présent dans toutes les protéines et est d’importance vitale pour la stabilisation de la structure des protéines. Les substances à base de soufre (sulfures, sulfites) sont également utilisées comme additifs alimentaires.

Les sulfites sont des composés généralement très utiles puisque leurs fonctions sont multiples, particulièrement en ce qui a trait à la conservation des aliments. Ils :

  • préviennent les changements de pigmentation des aliments (réaction de Maillard), surtout pour ceux qui sont coupés
  • découragent la prolifération microbienne pendant la fermentation du vin ou de la bière
  • servent au blanchiment d’amidons alimentaires, et
  • maintiennent la stabilité et l’activité thérapeutique de certains médicaments.

Le désavantage du soufre réside dans le fait que 1 % de la population est sensible aux sulfites. Chez ces personnes, les réactions varient de légères à graves lorsqu’elles consomment des sulfites, une constriction des voies respiratoires étant la réaction la plus commune. La sensibilité aux sulfites peut se produire à n’importe quel moment et l’élément déclencheur est inconnu. Les personnes atteintes d’asthme qui dépendent des corticostéroïdes ou celles démontrant de graves symptômes sont à risque élevé pour développer une sensibilité aux sulfites. Et maintenant, il semblerait que ces substances pourraient avoir un effet négatif chez les patients atteints de colite ulcéreuse.

Comment le soufre peut-il être néfaste?

Les bactéries qui habitent dans l’intestin transforment le soufre présent dans les aliments en sulfure d’hydrogène par le processus de la fermentation. Ce produit qui est hautement toxique est responsable de l’odeur nauséabonde associée au passage de gaz et peut occasionner des douleurs abdominales ainsi que des visites fréquentes et urgentes à la toilette. Les cellules qui tapissent l’intérieur du côlon peuvent normalement absorber et détoxifier le gaz, mais chez les personnes atteintes de colite ulcéreuse, il existe deux problèmes. Premièrement, les patients souffrant de colite ulcéreuse semblent produire une quantité anormale de sulfure d’hydrogène et deuxièmement, ils décomposent plus difficilement ce gaz (possiblement à cause de l’inflammation de la muqueuse intestinale). Ce surplus de gaz peut endommager davantage la muqueuse du côlon.

Le sulfure d’hydrogène peut exercer bon nombre d’effets indésirables sur l’intestin et peut contribuer à la pathogénie de la colite ulcéreuse. Il a été démontré que le sulfure d’hydrogène augmente la perméabilité épithéliale et affecte la fonction de barrière. C’est-à-dire qu’il réduit la fonction protectrice des cellules tapissant l’intestin. Des études chez les animaux suggèrent que des concentrations élevées du composé peuvent induire la mort cellulaire, une perte de cellules caliciformes, une distorsion de l’architecture des cryptes et une ulcération superficielle de la muqueuse. Il a aussi été démontré qu’il réduit l’efficacité du système immunitaire à piéger et à tuer les bactéries. Tous ces exemples soulignent les effets potentiellement toxiques du sulfure d’hydrogène sur les cellules tapissant le côlon.

D’autres recherches appuyant ces découvertes ont démontré qu’une augmentation des composés de soufre réduit entraîne une inhibition réversible de l’oxydation du butyrate. L’acide butyrique, un acide gras à chaîne courte, est également un produit de la fermentation dans le côlon, mais contrairement au sulfure d’hydrogène, il est un composé essentiel qui fournit 70 % de l’énergie métabolique requise par les cellules tapissant la muqueuse du côlon (l’intestin grêle utilise différentes sources d’énergie). Des études dans le cadre desquelles des biopsies ont été prélevées de la muqueuse du côlon révèlent que l’oxydation du butyrate est perturbée dans les cellules de la muqueuse chez les patients atteints de colite ulcéreuse.

De nombreux essais cliniques ont utilisé des acides gras à chaîne courte d’application topique, particulièrement le butyrate, dans la colite ulcéreuse pour surmonter cette déficience de butyrate dans le côlon. Les données obtenues dans ce domaine sont prometteuses et appuient l’idée qu’il y a perturbation du métabolisme des acides gras à chaîne courte en présence de taux élevés d’aminoacides soufrés.

Le fondement physiologique de ce processus s’explique du fait qu’une compétition existe entre les bactéries qui réduisent le soufre et les bactéries qui produisent les acides gras à chaîne courte essentiels. Elles rivalisent pour l’hydrogène présent dans l’intestin et leur succès dépend de la quantité de soufre disponible.

Un autre secteur intéressant de la recherche a démontré que la 5-ASA réduit en fait la concentration de sulfure dans les selles. Il a été montré que les patients atteints de colite ulcéreuse ont un taux plus élevé de sulfites dans le côlon et des études in vitro ont établi qu’il existe une réduction des sulfites variant en fonction de la dose de 5-ASA administrée. Les études dans ce secteur sont préliminaires et des recherches additionnelles sont requises.

Lors d’une autre étude, des chercheurs ont déterminé que le bismuth (Pepto-Bismol®) emprisonne les sulfures dans les déchets solides tandis qu’ils s’acheminent à travers les intestins et prévient donc l’émission de ce gaz irritant, le sulfure d’hydrogène. Bien que l’utilisation occasionnelle du bismuth puisse apporter un soulagement à court terme, l’utilisation à long terme n’est pas conseillée. Une accumulation excessive de bismuth dans le sang peut endommager les nerfs. Un système de livraison qui apporterait le bismuth directement dans le côlon pourrait éviter ce problème, mais il n’a pas encore été mis au point.

Au lieu d’emprisonner le soufre une fois qu’il se trouve dans le système et de prévenir son accumulation excessive dans l’intestin, la possibilité existe de réduire la quantité de soufre ingérée.

Que se passe-t-il lorsque la quantité de soufre dans la diète est réduite?

Une étude pilote avait pour but d’examiner si la réduction en aminoacides soufrés d’origine animale et végétale serait bénéfique chez les patients souffrant de colite ulcéreuse. Elle comportait deux groupes composés de seulement quatre personnes. Les personnes d’un groupe avaient récemment connu une exacerbation de leurs symptômes tandis que les personnes de l’autre groupe n’avaient pas souffert d’attaques récemment.

Les patients qui avaient récemment connu une exacerbation de leurs symptômes en début d’étude n’ont signalé aucune attaque aiguë après un total de 56 mois d’observation. Le taux de rechute attendu pour un tel groupe prenant un médicament 5-ASA serait de 22,6 %. Tous ont connu une importante amélioration histologique (biopsies du côlon). Trois membres du groupe chronique ont aussi démontré une amélioration histologique accompagnée d’une diminution des passages de selles, passant de 6 à 1,5 fois par jour, celles-ci étant plus moulées. Le quatrième membre du groupe chronique a pu cesser l’utilisation de stéroïdes et n’a connu aucun autre épisode aigu, comparativement à quatre attaques soutenues pendant la même période de temps, avant de commencer le régime.

Conclusion

Ces projets de recherche indiquent qu’il existe une augmentation du taux de production net de sulfure d’hydrogène et de la fermentation d’acides aminés dans le lumen (à l’intérieur de l’intestin), dans la colite ulcéreuse. Ces processus sont médiatisés par le taux de soufre dans les contenus du lumen et par la présence de 5-ASA dans l’intestin. Une surproduction de sulfure peut perturber la production d’acides gras à chaîne courte nécessaires tels que le butyrate et entraîner une inflammation épithéliale.

Bien que ces études suggèrent que le soufre joue un rôle dans la colite ulcéreuse, la nature et la quantité des études de recherche menées à bien à ce jour ne sont pas suffisantes pour démontrer une relation scientifiquement significative. Cependant, les recherches indiquent qu’il existe un besoin pour des études contrôlées additionnelles pour examiner le rôle du soufre dans la pathogénie de la colite ulcéreuse.

Encadré

Tout au long de l’histoire, le soufre a été utilisé pour une variété de tâches. À compter du 17e siècle, il a été utilisé pour désinfecter les récipients de vin et de cidre. Il a aussi été utilisé pour prévenir une prolifération microbienne indésirable lors de la mouture du maïs et comme antioxydant dans les viandes salées et séchées et pour prévenir le rancissement.


Jerry Cyr, IA
Publié pour la première fois dans le bulletin The Inside Tract® numéro 120 – Juillet/Août 2000
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